Le streaming suit une progression vertigineuse sur le continent africain ces dernières années. Selon le cabinet français Dataxis, les plates-formes de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) ont doublé leur nombre d’abonnés en Afrique subsaharienne entre 2018 et 2021, pour atteindre environ 5 millions de foyers. Une croissance qui devrait se poursuivre encore plus fortement les prochaines années et toucher jusqu’à 15 millions d’abonnés en 2026.
Le potentiel est intéressant et attire de plus en plus d’acteurs. En Guinée, un des acteurs qui vient de voir le jour sur ce segment est Nimba TV+. Son fondateur Souleymane Camara ne manque pas d’ambition et compte réunir un public assez large en proposant des contenus divers et variés.
Invité du talk « Face à face : L’Afrique à l’ère du streaming » par Lucien Blemou, Souleymane Camara explique son état d’esprit en venant sur ce marché par la tendance mondiale dans ce domaine qui, selon lui, devient intéressante. « L’état du streaming dans le monde est assez positif, en tout cas il est en pleine croissance. On dénote à peu près trois à quatre grands acteurs sur le marché, il est important également de saluer le fait qu’en Afrique, de plus en plus d’entreprises tentent de se lancer dans ce secteur avec plus ou moins de réussite ».
La question de l’adaptation du contenu à un public de plus en plus exigent en Afrique laisse entrevoir une opportunité pour les acteurs locaux. A l’origine de Nimba TV+, le fondateur a expliqué ce qui suit : « Je passe beaucoup de temps avec ma fille et à un moment donné, je ne savais ce que je pouvais lui mettre à regarder comme dessin animé. Et de plus en plus on sait qu’il y a des contenus qui ne sont pas en adéquation avec l’éducation que nous nous avons reçu et que nous voulons transmettre à nos enfants. Donc on est un peu largués, on ne sait pas trop ce qu’on peut leur mettre pour qu’ils puissent se détendre pendant trente minute ou une heure. Donc l’une des réflexions qui ont mené à la création de Nimba TV + venait de là. Il fallait des contenus plus ou moins ludiques, qui puissent refléter l’éducation que nous nous avons reçu et qui puissent aussi parler un peu de notre histoire à nous, nous africains », explique Souleymane Camara.
La plateforme Nimba TV+ a déjà produit des documentaires sur des sujets assez sensibles mais préoccupants dans les sociétés africaines. C’est le cas notamment d’un numéro consacré aux maladies utérines dont l’une des conséquents débouchent sur des difficultés de conception pour les femmes. « Il nous parait essentiel de pouvoir contribuer à la sensibilisation autour de ce genre de maladie, ou de façon général, autour de sujets qui sont encore tabous ou méconnus. C’est aussi dans la même lancée que nous sommes en train de réaliser un autre documentaire autour de la reconstruction des jeunes filles qui ont été violées au cours des derniers mois ou des dernières années. Chaque jour malheureusement, il y a des cas de viol qui sont notifiés dans les médias, mais on se demande rarement comment ces personnes, parfois des bébés de six ou sept mois, deux ans, continuent à vivre avec ce traumatisme. Ou comment les parents font pour continuer à vivre en sachant parfois que les auteurs de ces actes sont dans la famille. Donc on veut participer à sensibiliser et lever un coin de voile autour de ces sujets qui sont tabous. Mais je vous assure aussi qu’il y a des sujets qui sont plus divertissants », explique Souleymane Camara.
« Le streaming en Afrique est dans un tournant. Il est dominé essentiellement par des plateformes étrangères, mais elles investissent davantage sur le continent pour que les créateurs locaux pour qu’ils puissent créer leur propres fictions, spectacles de divertissement, émissions… Donc on est aujourd’hui à un tournant où on ne se positionnera plus forcément comme un consommateur de tous ce qui est fait à l’étranger. Il y a des investissements qui sont faits et il y a ce changement de paradigme qui est en train de s’opérer progressivement, ce qui est positif, sauf que ça reste toujours insuffisant », a-t-il ajouté.
Le potentiel est important dans ce secteur et le contenu local s’impose comme l’un des nerfs de la guerre. C’est pourquoi certaines plateformes étrangères n’hésitent pas à investir considérablement dans la création de contenus. « Aujourd’hui, en Afrique nous sommes 1,4 milliard dont la moyenne d’âge oscille aux alentours de 18-19 ans. Ça veut dire qu’il y a un besoin continu avec des histoires de plus en plus locales. Avant que des majors ne se rendent compte qu’il y a ce besoin pour des pays spécifiques comme nous, nous aussi nous pouvons prendre les devants et faire une sorte de proposition des contenus de qualités, sur des plateformes de qualité pour raconter nos histoires, pour qu’on puisse également jouer un rôle sur ce marché qui est assez compétitif », explique le fondateur de Nimba TV+.














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